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Réflexion sur la lutte contre les toxicomanies.

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Début juillet 2008, la MILDT, Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues a rendu publiques les priorités du nouveau plan de lutte gouvernemental contre les drogues. Il s’agit essentiellement d’éviter l’entrée dans la consommation des plus jeunes de nos concitoyens.

Au-delà de la présentation de ce plan assez classique, l’intérêt de cet exposé a été de faire état des chiffres qui sont fournis à la MILDT par l’OFDT, Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies.

On y apprend que la situation n’est pas bonne. La France compte 1 200 000 consommateurs réguliers de cannabis, 250 000 usagers de cocaïne, une montée de l’héroïne et puis du côté des drogues licites le maintien à un niveau très haut de l’alcoolisme chronique, du binge drinking (pratique de l’ivresse rapide pouvant déboucher sur les comas éthyliques) et d’un tabagisme toujours très prégnant.

La mortalité liée à l’alcool est estimée à 37 000 personnes par an et à 60 000 personnes par an celle liée au tabac.

En ce qui concerne la toxicomanie liée aux produits illicites, les chiffres sont aussi intéressants car l’OFDT s’est attaché à essayer d’estimer le chiffre d’affaires et le nombre de personnes qui vivent ou tirent un revenu de la vente de cannabis.

L’OFDT estime que la vente de cannabis se fait à partir de 4 niveaux d’intermédiaires. En haut de la chaîne de distribution il y aurait entre 700 et 1 500 semi grossistes de cannabis écoulant des quantités de l’ordre de 140 à 300 kilos de cannabis par an. Le second niveau bénéficierait aussi largement de ce commerce et 6 000 à 13 000 personnes écouleraient entre 16 et 35 kilos par an. Le troisième et le quatrième niveau ne semblent pas gagner des sommes conséquentes. Ils écouleraient entre 1 et 4 kilos de cannabis par an pour un gain, plus exactement pour un chiffre d’affaire, de 4 500 à 10 000 euros par an. Le nombre de ces revendeurs est estimé par l’OFDT entre 60 000 et 130 000 personnes. Ainsi au total, la fourchette haute de l’estimation du nombre des revendeurs s’établit à 145 000 personnes.

Cette estimation recoupe une estimation personnelle que j’avais effectuée. En effet, ayant été avocat pendant près de 32 ans, j’ai rencontré à de nombreuses reprises des trafiquants de stupéfiants ainsi que des policiers qui étaient chargés de la répression. Sur l’agglomération nantaise, et d’une façon plus générale sur le Département de la Loire-Atlantique, la police nantaise estime à 1 tonne par mois le volume de cannabis écoulé, soit 12 tonnes par an.

J’avais estimé, de façon empirique, qu’il fallait environ 3 personnes pour écouler 1 kilo de cannabis, soit 3 000 pour écouler un tonne. La Loire Atlantique représentant grosso modo un soixantième de la population française, c’est environ 180 000 personnes impliquées dans le trafic de cannabis.

Ces chiffres donnent à réfléchir car il est évident que si le trafic de cannabis est un délit pénal c’est aussi une économie souterraine, un marché noir. Si l’on souhaite, et je pense que c’est souhaitable, éradiquer ce trafic, comme il convient d’éradiquer tous les trafics, cela signifie qu’il faut aussi envisager la question sous un angle économique. Il est difficilement envisageable d’arrêter et de condamner les 150 à 180 000 personnes qui se livrent au trafic de stupéfiants.

Il faut d’ailleurs se souvenir que pour certaines d’entre elles il ne va s’agir que d’une brève période de leur existence. Beaucoup abandonnent ce trafic pour adopter un style de vie normal et un travail beaucoup plus lucratif que cette activité qui rapporte peu à la grande masse des trafiquants.

Cela signifie donc qu’il faut aussi penser la question en se rappelant la nécessité de fournir une activité de remplacement à tous ces trafiquants. Il ne faut pas oublier que pour nombre d’entre eux, le trafic nourrit des gens qui ont des difficultés financières importantes.

Il faut donc éloigner de son esprit l’image du trafiquant richissime qu’il suffirait d’incarcérer pour que le monde s’améliore. Lutter contre l’économie souterraine, c’est tout à la fois un travail de répression mais également un travail de reconversion, et aussi un travail d’assèchement de la production à la source.

Ces réflexions doivent être intégrées dans tout programme politique futur réfléchissant sur les trafics souterrains qui minent une partie de notre société.

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