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LE DÉBAT SUR LA LOI OGM ET LA NOUVELLE FRONTIÈRE DE LA DÉMOCRATIE

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Depuis plusieurs semaines, le texte de loi sur les OGM est en débat au sein du parlement (Assemblée Nationale et Sénat), mais également bien au-delà.

Comme beaucoup de mes collègues députés j’ai reçu ces dernières semaines des centaines de mails de personnes me faisant part de leur analyse et opinion sur ce sujet.

Dans la quasi-totalité des cas, ces mails sont identiques, ayant été adressés via des sites web proposant un message à envoyer à un ou plusieurs parlementaires. Ceci permet à une personne d’interpeller plusieurs parlementaires, et de trouver un texte déjà rédigé dans lequel elle reconnaît ses propres analyses et opinions.

Un nombre significatif de ces messages laissent entendre que si les parlementaires ne se conforment pas à ce que « veulent les Français », alors nous ne sommes plus en démocratie.

Un « phénomène » de la même nature avait eu lieu il y a quelques mois, concernant la procédure de ratification du Traité de Lisbonne (« Mini » traité européen). Cependant, il me semble que la mobilisation est encore plus forte concernant les OGM.

Il est clair que via de tels sites qui facilitent l’envoi de messages aux élus, les citoyennes et citoyens peuvent renforcer la visibilité de leur message, le diffuser en plus grand nombre, plus facilement, trouver des argumentaires précis « prêts à l’emploi ».

Par contre, je suis troublé par la revendication souvent affichée par ces messages qui disent en substance : « Nous sommes le peuple, vous êtes élu, vous devez nous obéir », « Tous les sondages le montre, la très grande majorité des Français le pense, alors défendez les », etc.

Nous sommes là sur la nouvelle frontière de la démocratie.

Il se trouve que je suis aujourd’hui sur une position, concernant le texte OGM, proche de ce qu’exprime la quasi-totalité des personnes qui m’ont adressé un mail. Mais tel n’était pas le cas lors du débat sur la ratification du « mini » traité européen. Ceci fait que ma réponse aux mails de ces dernières semaines me vaut plutôt des remerciements et des encouragements, alors que ma réponse aux mails concernant le traité européen m’avait plutôt valu des remontrances, voir quelques injures.

Est-ce à dire que j’étais un fossoyeur de la démocratie il y a quelques semaines, et que je me suis transformé depuis en un vrai soldat de la démocratie ?

Je ne pense pas que de tels mouvements d’expression puissent revendiquer un caractère représentatif. Ceci ne veut pas dire que je ne leur reconnaisse pas une réalité, une utilité, et qu’il ne faudrait pas en tenir compte. (Je passe suffisamment de temps à répondre à ces mails pour pouvoir dire que je les prends en considération).

Ces mouvements d’expression ont le mérite d’obliger les parlementaires à aller au fond de l’analyse d’un texte, de ne pas pouvoir laisser sous le tapis tel ou tel point un peu gênant pour une argumentation bien ficelée. Ils apportent souvent eux-mêmes des arguments complémentaires pour celles et ceux qui défendent un point de vue identique. De plus, ils sont révélateurs du fait que tel ou tel sujet est particulièrement sensible pour un nombre significatif de nos concitoyens.

Ces mouvements sont par ailleurs rassurants, car ils sont le signe d’une citoyenneté active et vigilante de la part de nombreuses personnes.

Ces mouvements d’expression me semblent donc une très bonne chose ! Ils contribuent à stimuler notre démocratie.

Mais rien ne remplace le suffrage universel pour garantir l’égalité de tous dans l’expression. Dans l’urne, chaque voix a exactement le même poids, alors que sur des forums, dans des mouvements collectifs, nous savons bien d’une part que beaucoup moins de personnes sont effectivement présentes, et d’autre part que toutes ces personnes ne seront pas également entendues.


Notre démocratie est en cours d’évolution. Nul pays, nulle époque, ne peut prétendre avoir trouvé la forme parfaite de démocratie. Les évolutions sociales, mais aussi techniques et technologiques (Internet), ont des effets sur le fonctionnement de notre démocratie.

Une nouvelle « dialectique » est à trouver entre les citoyens et les élus. Il est évident et heureux que l’expression citoyenne ne se limite plus au seul vote. Entre deux élections, il est utile que les citoyens puissent prendre la parole, s’exprimer, et cela sous diverses formes (manifestations / pétitions / sondages / campagnes web / etc.).

Il appartient à chacun, en fonction de la situation qui est la sienne à un moment donné (citoyen, élu, expert), de faire évoluer ses pratiques en fonction de nouvelles attentes, de nouvelles demandes citoyennes.

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