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Audition d’Hubert VÉDRINE : Une nouvelle époque se lève

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Lors de la réunion du groupe socialiste mercredi 14 mai, nous avons auditionné Hubert VÉDRINE, ancien ministre des affaires étrangères du gouvernement JOSPIN, et auteur il y a quelques mois d’un rapport sur la France face à la mondialisation.

 Cette audition a permis à cet expert des questions internationales, d’attirer notre attention sur plusieurs points importants et structurants.

1. La situation mondiale

Nous sommes entré dans une phase sans précédent depuis plusieurs siècles (Depuis Christophe COLOMB) : Les occidentaux sont en train de perdre leur prédominance dans la conduite des affaires du monde.

Ce processus va prendre plusieurs dizaines d’années, mais les pays émergeants, Chine et Inde en tête, mais suivis par de nombreux autres, vont prendre la place qu’ils veulent, et parfois avec un sentiment de « revanche » historique.

Face à cela, deux attitudes sont possibles :

-  Il peut y avoir une réaction paniquée, militariste, de l’occident. C’est ce que nous avons vu par exemple ces dernières années avec l’administration Bush aux États-Unis.

-  Il peut y avoir une réaction stratégique, comme l’avait été la politique de Nixon et Kissinger avec la Chine.
Dans tous les cas de figure, le départ de Bush sera un soulagement quasi unanime pour l’ensemble de la planète.

Nous devons avoir conscience que nous allons vers des bouleversements géopolitiques, vers un monde très instable et changeant.


2. La situation européenne

Le Traité de Lisbonne marque le terme d’une décennie d’affrontement sur les questions institutionnelles. Cela devrait permettre de libérer les énergies qui s’y consacraient, vers un travail de conception des nouvelles politiques de l’union.

La question de l’élargissement n’est pas réglée. Il faudrait au moins affirmer clairement que l’Union à vocation à avoir des frontières précises et stables. Il pourrait même être indiqué la liste des pays qui pourraient encore, sous condition, intégrer l’union. Cette imprécision permanente sur l’ampleur des élargissements encore possibles est un facteur anxiogène pour nombre de nos concitoyens. Ceci est un obstacle à une meilleure appropriation de cet espace politique par nos concitoyens.

Les Européens n’ont pas encore pris conscience des enjeux qui sont devant nous. Nous rêvons encore parfois à une sorte de grande Suisse… Mais le monde ne nous ressemble pas, et les tensions à venir sont très importantes.


3. La politique française

La politique étrangère de l’actuel gouvernement, telle qu’elle est voulue par le Président de la République, est occidentaliste. Ceci est à distinguer de l’atlantisme. L’occidentalisme est une idéologie, promue notamment par ceux que l’on a appelés les néo-conservateurs. Il y a dans cette vision des choses l’idée que nous sommes assiégés.

Nicolas SARKOZY parle souvent de « nous » la « famille occidentale ».

Sur le conflit Israëlo-Palestinien, la France ne dit plus rien.
 
Sur les relations avec l’Iran, plutôt que de prendre en compte le rapport Baker-Hamilton réalisé il y a 18 mois et qui prenait le contre-pied de la politique de Bush et prônait un retour aux discussions avec l’Iran, notre gouvernement à fait l’incroyable choix de s’aligner sur le discours belliciste de l’administration américaine finissante. Et il faut noter qu’il a fallu une extraordinaire union des 16 agences de renseignement américaines pour dissuader l’administration Bush de passer à la phase militaire.

Ce faisant, SARKOZY abandonne la politique étrangère traditionnelle de la France, qui dans le cadre de la mondialisation constituait notre « soft power », pour une nouvelle politique dont nous ne voyons aucun effet à ce jour.


4. Les chances pour de nouvelles régulations

La mondialisation est fondamentalement un phénomène de dérégulation. Mais nous voyons depuis quelques années de plus en plus d’institutions internationales remettre la question des régulations au sein de leurs préoccupations.

Aux Etats-Unis, beaucoup des Sénateurs élus lors des élections de mi-mandat il y a deux ans, l’ont été avec un discours fortement marqué par le besoin de nouvelles réglementations.

Les inquiétudes environnementales ne vont cesser de croître, et seront elles aussi une occasion de renforcer des politiques réglementaristes.

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